On avait eu des échos sans vraiment en avoir, par un Français rencontré 2 jours plus tôt : "
Enfin...je ne vous dis rien, vous verrez" (vague, un peu quand même). On était arrivé dans cette "ville" (dis le vite ça aussi). On savait que le fameux train passerait, mais l'heure était plus qu'approximative. "
Vers 18h, ou parfois minuit". Il n'y en avait qu'un, le timing du voyage ne nous laissait pas de marge, et cette ville était fantôme, il fallait le choper.
Le train fait 2 km de long ; il est blindé de minerais, il y a 1 wagon pour passagers, chèvres, vendeur de thé... On a attendu, beaucoup, on a parlé comme jamais, on a eu froid, on a fait un feu dans la "gare" (tu vois le bâtiment en terre qui fait 3 m sur 3?) On a encore parlé. Il est arrivé à 3h30 du matin ce train.
L'entrée dans un monde parallèle, le surréalisme. Il restait une banquette libre, dans le compartiment
restaurant. C'est le lieu où un p'tit moustachu vit, fait les allers-retours (ah, j'oubliais de préciser, 15 heures pour faire 500 km, en ligne droite, imagine sa douleur), du thé toute la nuit, toute la matinée, la journée. Des sandwichs aussi. J'ai pas arrêté de dire à Elo : "
Mon empire pour une bouteille de Chianti !" Dormir la tête à côté de la bombonne de gaz, respect des conseils de sécurité : Ok, Check...
On a vraiment souffert. Les photos avec nos têtes, c'est pas du pipeau. Beaucoup de réflexion, essayer de comprendre ce qu'il nous arrivait. Elo souffrait du pied, les gens venaient la regarder s'auto-chirurgier. 100 km avant l'arrivée, le train s'arrête - vu qu'il faisait du 25 km/h depuis 13 h, on peut pas dire qu'on ait vraiment senti une secousse... Le train de minerais précédent (ah j'ai menti, y a 2 trains en Mauritanie, mais un exclusivement de marchandise) avait déraillé plusieurs heures avant nous, il n'y avait qu'UNE seule voie, et juste 2 endroits où les trains peuvent se croiser). Terminus, tout le monde descend. Dans nos yeux, on a sûrement pu lire "Allo - Détresse - Amitié" dans toutes les langues, et on cherchait de la force dans le regard de l'autre. En tout cas, cacher la faiblesse et avancer. Que faire, au milieu du désert, 2 taxis pour 60 personnes, et chacun sa merde ?
Puis le Cosmos nous a envoyé 2 âmes charitables du Sahara Occidental. On l'avait fait. La boucle était bouclée.
On a vécu un truc incroyable, émouvant, rageant, touchant, intime, à fleur de peau... qu'on ne voudra(it) plus jamais revivre, mais vraiment jamais. Mais dont on est fier, heureux, et marqué à vie, au fer, positivement.
Sans Elodie, cette expérience, tu... enfin tu. Non, jamais.
Dorénavant, le premier qui se plaint de la SNCB, la STIB ou RYAN AIR, je lui colle une bombonne de gaz dans s'geu.












